
About this Episode
Le cinéma luxembourgeois est-il en crise ? La question revient régulièrement dans le débat public, notamment après les difficultés rencontrées par certaines entreprises du secteur. Pourtant, pour le réalisateur et producteur Donato Rotunno, président de l’Union luxembourgeoise de la production audiovisuelle (ULPA), cette vision ne raconte qu’une partie de l’histoire. Lors d’un entretien dans l’émission Bistro sur Radio ARA, il a défendu l’idée d’une industrie en constante évolution, confrontée à des défis réels mais aussi portée par des succès souvent sous-estimés.
Pour Rotunno, l’un des malentendus récurrents concerne la place des coproductions. Certains observateurs regrettent que de nombreux films associés au Luxembourg soient réalisés avec des partenaires étrangers. Or, selon lui, cette ouverture internationale constitue précisément le fondement du modèle luxembourgeois. Dans un pays de petite taille, la coopération avec l’étranger n’est pas une faiblesse mais une nécessité. Elle permet non seulement de financer des projets ambitieux, mais aussi d’enrichir les œuvres par la rencontre de différentes visions artistiques.
Cette stratégie a contribué à donner au Luxembourg une visibilité largement supérieure à ce que sa taille pourrait laisser penser. Ces dernières années, des productions soutenues par le pays ont été sélectionnées dans les plus grands festivals internationaux, notamment à Cannes, Berlin ou Locarno. Pour Rotunno, ces résultats témoignent du chemin parcouru par une industrie qui n’existe véritablement que depuis quelques décennies.
Mais cette réussite ne protège pas le secteur contre les turbulences. Le président de l’ULPA rappelle que le cinéma dépend fortement des évolutions économiques et politiques internationales. La pandémie de Covid-19 a constitué un choc majeur, interrompant des tournages, fragilisant des financements et provoquant une hausse importante des coûts de production. Même plusieurs années après la crise sanitaire, certaines de ses conséquences continuent à se faire sentir.
Face à cette situation, les professionnels du secteur ont multiplié les échanges avec les pouvoirs publics. Rotunno reconnaît que le dialogue avec les institutions n’a jamais été aussi intense. Il estime toutefois que le moment est venu de passer de la concertation aux décisions concrètes. Selon lui, l’avenir du cinéma ne relève pas uniquement de la politique culturelle. Il dépend également des choix effectués en matière de finances, de médias, d’éducation et de développement économique.
Au-delà des chiffres et des mécanismes de financement, Rotunno insiste sur une autre dimension : le sens même du travail artistique. À ses yeux, le cinéma reste avant tout une aventure collective fondée sur l’envie de raconter des histoires et de partager une vision du monde. C’est aussi le message qu’il adresse aux jeunes qui envisagent une carrière dans le secteur. Les difficultés existent, dit-il, mais elles ne doivent pas faire oublier la raison première qui pousse à créer. Avant de chercher des garanties, il faut d’abord trouver ce que l’on souhaite exprimer.
À travers son analyse, Donato Rotunno dessine ainsi le portrait d’un secteur qui ne se définit ni par ses crises ni par ses succès isolés. Pour lui, le cinéma luxembourgeois demeure avant tout un projet collectif en construction, dont l’avenir dépendra autant de sa capacité à s’adapter que de sa volonté de rester ouvert sur le monde.


